BIRTH OF(HEAVY) METAL
En 1970, des enfants du blues, du rock et du groove psychédélique façonnent un nouveau son d’une lourdeur et d’une profondeur jamais atteintes auparavant. Leur œuvre prend alors ce nom que l’on associe en métallurgie aux éléments chimiques les plus denses, heavy metal. Elle est affectueusement décrite comme «brutally aggressive music played mostly for minds clouded by drugs» par ses détracteurs et cette appellation est des plus flatteuses pour ses auteurs, avides de violence, de sensations fortes et de l’aura qu’elles produisent.
TERROR IN BRIMINGHAM
Le groupe Black Sabbath naît de ces eaux troubles et tire cette fois son nom d’un film d’horreur de Mario Bava. Un genre dont ils joueront encore et encore pour modeler leur esthétique et leur musique, teintées des visions et des goûts sombres des membres du groupe. Ces ténèbres viennent en partie du climat d’une époque qui, déçue de l’échec des idéologies et du pacifisme hippie, se détourne du peace & love pour embrasser des mélodies, des thématiques et des drogues plus dures. «Innocence and love was all I knew / It was an illusion.»
ACID BRIDGE
Un peu plus tôt, en 1968, à l’heure des révolutions, un changement s’amorce. Une transition entre l’acid rock (variante plus virulente du rock psychédélique) et le heavy metal à venir est bâtie entre autres par Blue Cheer et Iron Butterfly. Leurs morceaux sont encore très fortement influencés par le rock psychédéliques mais elles portent les graines des mouvements à venir. Summertime Blues de Blue Cheer est souvent citée comme première chanson heavy metal et son influence peut encore se ressentir aujourd’hui particulièrement dans la musique stoner.
PSYCHEDELIA
Le rock, et la musique psychédélique en générale, tirent leurs influences sonores et graphiques de l’usage de substances psychotropes et plus particulièrement des effets que ceux-ci provoquent. Les couleurs sont riches, chaudes, vibrantes, la distorsion altère les riffs de guitare et les images, les typographies sont fluides, végétales, tout ou presque se fait à la main et en acquiert un rendu mystique, fantastique et très sensuel. Les paroles vont à l’amour, la célébration de la vie, l’ode aux stupéfiants, aux états modifiés de conscience et à l’ouverture d’esprit.
GOLDEN DAWN
Toutes sortes de communautés se forment et s’organisent autour d’idéologies fleurissantes, issues en partie des religions de l’inde, important leurs gourous et maîtres spirituels. À l’ombre de cela, les sociétés occultes dormantes profitent d’un âge d’or grâce à un engouement nouveau pour la spiritualité et l’élévation. Les sorcières, les rituels, les sacrifices, deviennent populaires et sont récupérés par les films d’horreurs et petit à petit par certains groupes. Coven, par exemple, produit des messes noires et réalise des sacrifices sur scène.
EVIL MAN
Il est difficile d’établir quels groupes se servent uniquement de l’aspect mystérieux et maléfique de l’occulte comme technique commerciale et ceux qui adhèrent réellement aux convictions wiccan ou satanistes et en font leur mode de vie. Il n’y a pas toujours une adéquation totale entre les choix esthétiques et musicaux et la vie personnelle des artistes. C’est néanmoins le cas de Kim Bendix Petersen, sataniste de corps et de cœur, dont la philosophie inonde ses productions musicales et surtout la création de ce personnage de King Diamond et son univers.
URANIAN WILLY
Une autre influence visuelle des productions réalisées pour des groupes de metal se retrouve cette fois dans une culture populaire, celle des récits de science fiction et de fantasy. De très nombreuses chansons sont basées sur les écrits de H.P. Lovecraft, et certaines théories attribuent le terme même de heavy metal au personnage d’un livre de William S. Burroughs, Uranian Willy, the Heavy Metal Kid. Les illustrations des couvertures de ces romans sont proches de la peinture à l'huile ou de la gravure, avec une approche plus moderne.
LOTR
La fantasy de son côté n’est pas en reste, et elle connait une de ses œuvres majeures en 1954, Le Seigneur Des Anneaux. Son auteur, John Ronald Reuel Tolkien, était un poète, professeur et écrivain anglais, et il est connu aujourd’hui comme le père de la fantasy, bien qu’il n’en ait pas été l’initiateur. Il était lui même très touché par la sensibilité artistique des préraphaélites et le mouvement Arts & Crafts. Il réalise lui-même des illustrations à l’aquarelle pour ses livres et pour enrichir les recherches qu’il a réalisées pour chacun des ouvrages qu’il a écrites.
WODAN
L’auteur anglais a reçu une très forte impression des mythologies nord-européennes, son domaine d’expertise. La mythologie nordique par exemple parle de Midgard, un des trois mondes qui composent l’univers, habité par d’hommes, de nains, d’elfes et de géants, que l’on peut aisément comparer à la terre de milieu, dont le mot Midgard est la traduction littérale. Gandalf le mage, possédant de très grands pouvoirs est représenté comme un vieux vagabond, et c’est également la forme que prend le dieu nordique Odin, lorsqu’il désire se rendre parmi les hommes.
URUK-HAI
Dans les années 90 se développe un nouveau genre de métal, que l’on nommera black metal, et qui prend racine en Norvège et en Suède. Ces groupes, souvent composés d’adolescents, sont à leur tour touchés par les récits de Tolkien, et c’est en partie pour toutes les analogies que l’on y trouve avec leurs propres racines historiques. Burzum, qui signifie ténèbres en elfique, un mot que l’on peut retrouver gravé sur l’Anneau unique, est le nom porté par une formation importante du mouvement en Norvège, et autrefois nommée Uruk-Hai, une créature du Seigneur Des Anneaux.
HEIL FREJYA
Bien plus qu’une simple passion littéraire, cet attrait pour la mythologie nordique vient également d’une volonté de révolte et une recherche d’identité, assez liée à l’âge des musiciens. En effet, la christianisation des peuples scandinaves au XIe siècle effectuée dans la douleur et bien que lointaine n’est pas pour autant oubliée et aujourd’hui encore la rancœur subsiste. Assez naturellement, de nombreux jeunes d’Oslo et alentours se détournent de la religion de leur parents, religion d’état, et font allègrement leur celle de leurs ancêtres immémoriaux.
MORBID ANGEL
Ces mélomanes vont chercher à atteindre tous les extrêmes: leur musique est rapide, brutale, difficile d’accès, leurs paroles sont hurlées, leurs logos sont rendus illisibles par la profusion d’effets, ils sont sanglants, sombres. Les paysages dans lesquels ils évoluent leur ressemble, ils sont froids, la nuit dévore le jour, la glace est acérée, les forêts sont effrayantes, tout en possédant une beauté et une poésie singulières. Ces nordiques ne sont pas attachés qu’à leur histoire, mais aussi à leur terre et leur forêt, à un tel point que c’est devenu le cliché même du genre.
SVARTE SIRKEL
Le genre, qui avait eu des débuts modestes, du matériel de basse qualité, assez peu de succès, se développe et gagne du terrain. En 1990, une communauté se développe à Oslo, autour du magasin de disque Helvete (qui signifie enfer en suédois et norvégien), tenu par Øystein Aarseth, guitariste du groupe Mayhem. Ce rassemblement nommé Svarte Sirkel (Cercle Noir) est un incubateur pour la violence et les idées morbides et l’humour noir. À cette image, Dead, le chanteur du groupe Mayhem, se suicide au fusil à pompe à bout portant et laisse un mot: «Désolé pour le sang».
ASKE
L’apogée de ces excès survient en 1992, quand les petits actes criminels commis par le cercle engendre l’incendie de l’église de Fantoft. Qu’ils soient païens ou satanistes, ils partagent presque tous une haine certaine de cette religion qui les oppresse. Du moins c’est ce qu’ils revendiquent, bien qu’il semble aujourd’hui que beaucoup cherchaient juste à gagner en réputation. Ainsi, Burzum, le groupe de Varg Vikernes, utilisera des photographies d’églises brûlées acte dont il sera accusé mais pas condamné), afin de gagner de la prestance auprès de la communauté Black Metal.
ANTICHRIST
Le satanisme ou l’anti-christianisme naissent (ou renaissent) par le biais de La Bible Satanique, d’Anton Szandor Lavey, en 1969. Cet essai contient un ensemble de règles et rites censés rythmer la vie du sataniste. D’autres cherchent plutôt à se mettre en opposition et en rébellion et utilisent à ces fins les imageries de l’enfer. Ils se réapproprient les codes des peintres baroques et de la renaissance, tels que Jheronimus Bosch, des visages déformés par la douleurs, les tons chauds, les supplices éclairés par la lumière produite par les flammes.
BLUTGERICHT
Allant encore plus loin dans la représentation du mal, certains groupes décident d’endosser les emblèmes Nazis, ou des signes arborés par les groupes politiques d’extrême droite. À nouveau, il est difficile de savoir si c’est par adéquation avec les idées portées par ces symboles ou un juste jeu avec les codes. Slayer, un groupe de thrash metal par exemple, déploie une grande palette d’iconographies iconoclastes, en adéquation avec leurs paroles et leur univers visuel. Ils disent utiliser ces thèmes afin de servir leur propos, et nient être en accord avec ceux-ci.
MAYHEM
Dans le black metal, un très grand soin est apporté aux costumes et aux maquillages, également par volonté de rejet des mouvements américains plus proches du rap qui peuvent parfois porter des trainings ou des dreads. Eux cultivent l’art du corpse paint, maquillage noir et blanc, réalisé pour donner un aspect inhumain aux interprètes, proche de celui d’un cadavre, d’un démon. Les habits sont noirs, en cuir, ornés de pics et de chaînes, et on ne compte plus le nombre de profanations qui auront servi à décorer les scènes, micros, et costumes des différents groupes.
MICHAEL MYERS
Cette culture de l’apparat n’appartient pas qu’au black metal, elle se retrouve également chez d’autres groupes, dont Slipknot. La formation américaine en a fait sa marque de fabrique et chaque membre est devenu un personnage quasiment inhumain. Ces masques provoquent un désagrément et une sorte de peur pour le spectateur, et ce n’est pas sans lien avec les masques portés par les tueurs en séries dans les films de genre slasher ou horreur. D’autres masques sont des références directes à l’univers du bondage, et d’autres rappellent les cultures primitives.
FUSION
Dans les années 90 et principalement aux États-Unis se développe le nu-metal, un genre de metal alternatif qui combine des éléments de heavy metal et d’un autre genre tel que le rap, le hip-hop ou le grunge. Korn, Rage Against The Machine ou Linkin Park sont des exemples de cette fusion. Ils empruntent au metal les riffs de guitare et lui abandonnent les solos; ils y ajoutent des instruments électriques, le phrasé, les vêtements et l’insolence du rap, le sens du rythme du hip-hop. C’est, contrairement au black metal, un genre assez populaire et assez ouvert.
IMITATION OF LIFE
Le nu-metal et d’autres genres utilisent également leur musique pour véhiculer des messages, et certains s’attellent tout particulièrement à effectuer une critique de la société et du capitalisme, dans un esprit plus punk. Anthrax, par exemple, se sert de la bande dessinée et de l’humour dans un esprit satyrique afin de dénoncer les abus du gouvernement. La satire est un genre qui remonte à l’Égypte ancienne et qui a pris de nombreuses formes à travers les âges, et elle trouve aujourd’hui une grande place dans la bande dessinée.
DEAD EDDIE
Les comics ont beaucoup influencé les productions réalisées dans les années 80 et notamment puisque le groupe anglais Iron Maiden a décidé dès ses début en 1975 d’utiliser comme mascotte Eddie The Head. Eddie est inspiré des personnages et illustrations de science-fiction et de comics et il a aujourd’hui une part très importante dans l’histoire du groupe, et c’est une icône dans l’univers du metal, tout comme ce groupe. Par la suite, d’autres formations musicales créeront des mascottes et des bandes dessinées, avec un peu moins de succès.
POWHAIR
Dans les années 80 et 90, le thrash metal, sous-genre extrême du heavy metal et celui-ci connaissent leur âge d’or et un franc succès commercial qui les rend plus populaires et remplit les salles de concerts d’hommes à cheveux longs. Le metal s’accompagne presque toujours de longs cheveux, hérités de la culture hippie qui avait adopté cette mode capillaire par opposition aux normes sociétales, faisaient d’eux des marginaux. Cette tradition a perduré bien que la symbolique ait disparu, et elle est aujourd’hui justifiée parce qu’elle est indispensable au headbang.
HELTTER SKELTER
Bien qu’aujourd’hui la culture hippie et la culture metal semblent complètement opposées, elles se rejoignent sur bien des points. Si à ses débuts on pouvait qualifier le heavy metal de hard rock psychédélique, il existe également des groupes faisant de la musique psychédélique ayant composé des morceaux proches du heavy metal. C’est le cas de Helter Skelter, réalisée par les Beatles en 1968, peu avant d’amorcer leur période Yellow Submarine. Par la suite leurs visuels végétaux, oniriques et surréalistes influenceront à leur tour des groupes d’un genre à venir: le stoner.
SWEET LEAF
Au début des années 90, le rock psychédélique et le heavy metal donnent naissance au stoner (rock ou metal). Il est caractérisé par une lenteur plus prononcée que les autres genres de metal et une grande quantité de distorsion. La production sonore et visuelle est très nostalgique et reprend beaucoup de codes psychédéliques, et la consommation de stupéfiants en étant un, s’agissant ici plutôt de cannabis, d’où le nom de stoner. Les couleurs sont rarement saturées il y a à nouveau une grande présence de végétaux ou un traitement végétal des traits et des visuels.
DESERT ROCK
Le stoner est parfois également nommé desert rock et tire cette appellation de son origine, Palm Desert. De nombreux groupes, ainsi attachés à cette ville ou plus généralement au sud des États-Unis, ont incorporé quasi systématiquement des paysages désertiques à leurs visuels ou ont utilisé des couleurs les rappelant. Kyuss fait partie de ces groupes et a été fondé par Josh Homme, un musicien très reconnu qui formera plus tard Queens of the Stone Age, un autre groupe de stoner, Them Crooked Vultures ou Eagles Of Death Metal, deux groupes de heavy metal.
OPTICAL ART
Certains groupes de stoner utilisent à leur tour des déformations optiques et géométriques qui créent des illusions et des effets proches des productions psychédéliques des années 60. Ce peut également être une référence au label de production Vertigo Records, qui a notamment produit Black Sabbath, Nirvana ou Metallica. Ce genre d’effets est le centre de l’op art, ou optical art, qui se concentre uniquement sur la création d’œuvres jouant avec les illusions et les réactions de l’œil humain.