À PROPOS

Brutal est mon projet de mémoire. Il s’agit d’une recherche sur les différents courants, genres et évènements ayant influencé les productions visuelles et musicales touchant au genre nommé metal ainsi que ses différents embranchements.

Je ne supporte pas une grande partie de la musique metal. Et c’est exactement pour cela que je m’y suis intéressée, il y a 2 ans de cela: c’est un genre très hermétique et difficile d’accès pour une oreille qui n’y est pas habituée, et plus généralement parce que c’est également une communauté qui s’adresse particulièrement aux hommes blancs et fait assez peu cas des autres. Les relations entre les sous-genres sont incroyablement et inutilement complexe, et il semble presque impossible de déterminer s’il s’agit d’une chanson de death-thrash-power-metal ou du black-pagan-doom-metal, sans que son jugement offense à peu près toute la communauté. Mais est-ce là la vérité? Chaque métalleux est-il réellement une bulle de rage prête à exploser, emportant le monde entier avec elle? Ne serait-il pas pécher que de se fermer à des gens dont on condamne l’absence d’ouverture d’esprit? Voilà ma motivation: je voulais savoir si je pouvais confirmer ou infirmer ces clichés et trouver peut-être une place quelque part où m’installer.

Pour ce faire, j’ai été chercher les origines, assez modestes, d’un genre d’une influence il semble toujours grandissante: le métal débute par l’avènement de petits groupes qui ont alors su capter les notes qui constitueront la bande-son de la prochaine décennie, et parmi eux l’histoire du groupe Black Sabbath me semble assez symptomatique de comment l’histoire se déroule bien souvent. Petit groupe d’une Birmingham industrielle, ces jeunes ont devant eux un avenir condamné par la crise économique. Ils s’évadent comme ils peuvent entre leurs heures de travail qui coûteront à leur guitariste deux doigts: celui-ci devra s’en accommoder et jouera des notes plus basses afin de rendre sa gratte plus facile. Et ce simple incident est responsable de ce son si caractéristique du début des années 70, cette lourdeur exceptionnelle qui vibre dans vos tympans. Ce ne fut pas par génie, par choix ou même consciemment que cette découverte s’opéra, et il semble que ce genre d’incidents du destin a été voué à former de grands éléments de l’histoire du metal.

Je trouve qu’il est également intéressant de noter que ce genre, qualifié de brutal et simpliste, est un très proche parent du peace & love, et possède en réalité une grande variété de thèmes et de sujets, et surtout d’ influences d’horizons très variées qui leur semble presque exotique. Beaucoup de groupes sont formés par des adolescent et témoignent alors d’un très fort besoin de révolte et une recherche d’identité dans les paroles mais aussi dans les apparats, les spectacles, les personnages. Et si certains continueront plus tard d’aborder la musique dans un esprit de fête éternelle, embrassant le drugs, sex & rock’n’roll, à l’image de Motörhead, le metal est aussi connu pour avoir des membres engagés à l’extrême dans leurs idéologies, à la vie comme à la scène. Que ce soient les satanistes mus par les dires d’Anton Szandor Lavey ou par opposition avec le christianisme puritain, les black métalleux du nord et leur amour de l’Edda (textes de la mythologie nordique), les partisans d’extrême droite et leurs textes véhéments, le metal a su pousser (trop) loin toutes les limites. Heureusement, la presse a beaucoup exaggeré les actes de ceux-ci, mais pas forcément ce qu’ils auraient voulu accomplir. Malheureusement, il y a eu des victimes de cette pensée absurde (sans mauvais jeu de mot), puisque des meurtres seront commis notamment par les adolescents du groupe allemand Absurd qui on assassiné un de leur camarades de classe, ou encore le cas de Varg Vikernes, qui, non content de ces incendies d’églises, poignardera 37 fois dans le dos son ami Øystein Aarseth, un des fondateurs du black metal norvégien. Bien qu’il y ait eu peu de cas graves, ces quelques actes d’une violence inouïe ont marqué les esprits et leurs acteurs en ont profité pour en tirer une aura maléfique sans précédent.

Nous sommes bien loin du peace & love à présent, mais c’est en réalité la pointe d’un iceberg absolument gigantesque, s’étendant sur des décennies et sur tous les continents. S’il fallait compter le nombre de groupes existants et parmi eux ceux qui adhèrent réellement à leurs dires, la proportion serait ridicule. C’est bien plus souvent pour se défouler, que l’on écoute ou que l’on joue du métal et je pense que les détracteurs du screaming doivent partager mon opinion. Au delà des opinions politiques et religieuses, ce genre a été si prolifique que les visuels produits trouvent leurs origines parmi des récits de science fiction, de la poésie mythologique, jusqu’aux paysages désertiques ou arctiques, aux esthétiques psychédéliques, aux cultes occultes et sectaires, en passant encore par la peinture baroque flamande, le romantisme, parfois même le surréalisme. C’est ce panel d’horizon qui m’a happée dans ce sujet, et que j’ai essayé de partager dans ce projet. Si nous avons une image aujourd’hui très forte du metal, assez proche de celle forgée par le black metal, elle se révèle assez loin de la réalité et réellement pauvre face à la complexité du genre. Et je pense n’en avoir pas abordé un dixième, peut-être pas même un centième, mais suffisamment je l’espère pour susciter au moins un peu de la curiosité que j’ai éprouvée, et d’avoir peut-être pu vous faire voir ces choses d’une autre façon. On pourrait encore parler du machisme, du racisme, du metal chrétien, de tous les symboles et les mythes qui constituent une grande partie des communications visuelles, de comment chaque visuel emblématique est réalisé (bien qu’il s’agisse, à l’image de l’histoire de Black Sabbath, quasiment systématiquement d’une sorte d’incident divin), du rapport entre le métal et la musique classique et symphonique.

J’aimerais encore préciser que mon but n’est évidemment pas que pédagogique ou historique, et qu’il serait fort triste d’oublier de parler de la question de l’inspiration. J’aimerais que ce projet puisse à son tour permettre de trouver de l’intérêt dans des domaines aussi variés que farfelus, et je pense qu’il est effectivement nécessaire d’ouvrir son horizon au maximum pour pouvoir grandir culturellement et intellectuellement. C’est à ces fins que le site est construit de façon non chronologique, mais plutôt selon des associtations visuelles ou des associations d’idées, d’une façon assez organique. J’ai par ailleurs été ravie de découvrir moi-même au travers de ce travail des façons d’approcher la production de visuels très diverses, que ce soit grâce à des études commerciales poussées à l’image des grands groupes, que ce soit avec les moyens du bord qui étaient néanmoins en adéquation totale avec le style véhiculé par exemple par les petits groupes de black metal, ou avec cette insolence, insouciance ou inconscience partagée par beaucoup, comme Slayer dont le logo a été dessiné par le père d’un roadie en quelques minutes sur le coin d’une feuille. Je pense qu’il y a dans cette multitude certainement de quoi faire pour tout le monde, et si pour ma part j’ai développé une affection toute particulière pour le stoner, visuellement et musicalement, peut-être pourriez-vous ou avez-vous découvert une passion dévorante et imprévue pour le thrash metal. Mais peut-être que vous êtes plutôt cumbia, punk, grunge, cholo-goth, à vous de voir.

Merci de votre attention.